Les textes du dossier de ce numéro sont le fruit du travail qui a eu lieu lors de journées organisées en Belgique par l’Association Lacanienne Internationale sur le thème « Les langues et la psychanalyse ». Reprenant les échanges qui ont pu avoir lieu, quelques interrogations ressortent plus particulièrement. Quelle distinction faire entre langage et langue ? Quelles questions posent les traductions et l’intraduisible ? Est-ce que le fait de traduire entraîne une lecture autre ? En opposition à des phénomènes d’errance que la multiplicité des langues peut nourrir, la langue maternelle est-elle celle du Heim, au fil ou par rapport à laquelle s’inscrivent la perte et la castration ? Quelle est la fonction des transferts de langue et qu’enseignent-ils aux psychanalystes dans la pratique des cures ? Comment s’y situent les psychoses ?
La question focale pour la clinique est celle de la lecture de l’inconscient, de l’apprentissage à lire l’inconscient. Or celui-ci est chiffré. Il se donne comme le fait d’une écriture qui ne cesse pas de s’écrire. La lettre vient y jouer comme trublion parmi les mots, déplaçant, cachant, révélant, modifiant le voisinage des signifiants. À la faveur des éléments qui les disent, le souffle, le rythme, la voix. Au même moment, l’un n’allant pas sans l’autre, vient la question du sujet de l’inconscient, ce sujet qui se fait entendre comme hors sens et qui pourtant permet à l’analysant de lire justement quelque chose dans ce qu’il dit. L’enjeu est donc comment un texte produit des effets de sujet.
Tout à côté peut-être vient ce que l’on appellera le sujet du poème, qui se trouve également mis au travail par la langue. Le moyen est différent, mais l’échappée dont il est saisi tient aussi au pouvoir d’évoquer et d’équivoquer, ouvrant le champ du sens à ce qu’il soit arpenté et sans cesse capable d’accepter ce qui viendrait le renouveler.
Qu’est-ce que la langue, en fin de compte, pour la psychanalyse lacanienne ? Existe- rait-il une langue « lacanienne » ? Quelle est la langue de l’analyste ? On sait, non sans devoir le redécouvrir néanmoins, que c’est d’invention qu’il s’agit. Ces travaux pourront aider à comprendre que parler ou traduire Lacan, comme Freud l’a dit de la traduction de son Interprétation des rêves, est d’en poursuivre les enseignements dans sa la langue à soi, celle avec laquelle aussi on aime et on travaille.
Michel Heinis
Ce dossier remplace le n° 57 / 2011 du Bulletin Freudien
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