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Association lacanienne internationale


Pour inviter à la lecture de Bion

Compte rendu d'une traduction réalisée à l'Association lacanienne internationale

s1s3wUne matinée d'étude, organisée par les éditions d'Ithaque, aura lieu le samedi 16 avril, à l'institut de théologie protestante, 83, boulevard Arago, à Paris, dans le 14e arrondissement, de 9h30 à 13h00.

Interviendront notamment les traducteurs, Thierry Bokanowski, Pierre-Henri Castel et Ana de Staal.

Un Rayon d'intense obscurité est un livre étrange et dérangeant. Il existe beaucoup de livres écrits sur un « grand auteur » de la psychanalyse par un de ses élèves et de ses analysants. Mais la perte immense qu'a représentée pour James Grotstein le retour de Bion en Angleterre, et son décès l'année suivante, donne à ce texte un relief peu commun. Grotstein s'y efforce en effet de redonner vie à Bion et à sa pensée, mais au Bion qui fut son analyste, et à sa pensée comme une pensée tellement intriquée avec les interprétations qui avaient émaillé sa propre cure, qu'il donne comme à toucher l'étoffe même de ce qu'aura été pour lui devenir un psychanalyste bionien – si c'est possible.

L'ouvrage est donc calculé pour faire ressentir et pas seulement comprendre l'effet-Bion.

Le lecteur sera donc étonné, voire agacé, par l'impact, sinon le ravage de cette rencontre avec Bion. L'idéalisation est au premier plan, dessinant en creux le gouffre qui s'est ouvert chez Grotstein avec la disparition de son analyste. Ce gouffre, cependant, Grotstein ne s'y est pas perdu. Il s'en est au contraire servi pour déployer avec une systématicité et un art consommé des recroisements de perspectives (les « changements de vertex ») non la doctrine de Bion, mais le développement de son appareil psychique – de son « appareil à penser les pensées ». La sincérité dévorante de Grotstein en disent ainsi plus sur l'effet-Bion que quantité de présentations scolaires qui condamnent les bioniens un triste air de famille.

Traduire ce livre monstrueux d'intelligence et de farouche refus du deuil, d'enthousiasme excessif et de minutieuse analyse, c'était pour nous approcher plus près du vertige qu'est, parfois, l'expérience d'une cure psychanalytique avec un de ses inventeurs. Il ne s'agit pas de la transmission d'un trésor, mais plutôt d'une contagion fiévreuse, peut-être une étape nécessaire pour la transformation de la psychanalyse – qui est le test ultime de la résolution du transfert que Bion, avec son individualisme farouche, son rejet arrogant de tout conformisme, avait d'emblée situé à l'horizon de son analysant américain.

Aussi notre séminaire s'est-il constitué, autour de quelques bonnes volontés, en « groupe » (et, espérons-le, en « groupe de travail » Working group), pour lire et faire passer en français, redoutable tâche, le Bion digéré et transformé par Grotstein – ce Bion qui peut alors, et alors seulement, devenir non plus un contenu de pensée, mais un « contenant » inconscient, c'est-à-dire « in-fini ». Tantôt admiratifs tantôt critiques, nous avons accompagné Grotstein dans son entreprise : mettre à la disposition des cliniciens des outils, et à celle des penseurs (mot si lourd de sens chez Bion), des concepts Et nous avons tenté d'honorer l'œuvre-maîtresse de Grotstein en considérant ce livre comme une auto-analyse à la fois réflexive et formidablement entraînante, qui nous bousculait dans nos certitudes.

Pierre-Henri Castel

 

 

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