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Association lacanienne internationale


Extrait du rapport moral présenté par le président de l'ALI lors de l'AG du 18 juin 2016

Pourquoi les psychanalystes se regroupent-ils en une école ou en une association ? Après tout, un psychanalyste – il en existe – peut exercer sans être membre d’une association et sans se rattacher à une école quelconque. Ne serait-ce pas pour l’analysant, une garantie dans ce cas, d’échapper à un endoctrinement, à un conformisme de l’écoute ? Pourquoi donc les psychanalystes se regroupent-ils, se serrent-ils, comme aujourd’hui en congrès ?

Serait-ce, comme dans la parabole de Schopenhauer, où par une froide journée d’hiver, une troupe de porcs-épics se mit en groupe serré pour se réchauffer mutuellement. Mais tout aussitôt, ils ressentirent les atteintes de leurs piquants, ce qui les fit s’écarter les uns des autres. «  Ainsi, nous dit Schopenhauer, le besoin de société, né du vide et de la monotonie de leur vie intérieure, pousse les hommes les uns vers les autres ; mais leurs nombreuses manières d’être antipathiques et leurs insupportables défauts les dispersent de nouveau ». Celui qui possède assez de chaleur intérieure préférera rester en dehors de la société. « La sociabilité de chacun est donc inversement proportionnelle à sa valeur intellectuelle, et dire de quelqu’un : il est sauvage, signifie déjà presque : c’est un homme de qualité ... »

Si Schopenhauer rationalisait peut-être ainsi sa misanthropie, retenons cette image du porc-épic. Les analystes sont des porcs-épics qui n’échappent pas aux lois de la psychologie des masses. Il est bon de ressentir la chaleur du groupe, d’en faire partie, d’en faire corps, de chanter, de hurler ensemble (ne nous nous moquons pas des supporters de football, ils sont notre miroir). C’est ordinairement, l’amour du Un qui nous rassemble et la haine de l’Autre, jusqu’à ce que cette haine se retourne et disperse le groupe. La logique qui commande la psychologie des masses exige l’au-moins-un. À partir de là, tout dépend de celui qui l’incarne : le meilleur s’il est animé de ce que Lacan appelait « l’esprit de la psychanalyse » et s’il délivre un enseignement qui fait école, ou le pire, inutile de donner des exemples. Dans le meilleur des cas, il fera valoir que cette place est un pur trou nécessité logiquement par la structure, c’est le trou du manque de l’Autre de l’Autre. Ce que le nœud borroméen met en évidence. La procédure de la passe à l’Ecole Freudienne, était destinée à placer au centre de l’institution des analystes ayant dans leur fin de cure fait l’expérience de ce trou. Pour la première fois dans l’Histoire, il y avait l’espoir pour un groupe de fonctionner autrement que selon les lois de la psychologie des masses.

Ce sont des considérations de cet ordre, qui ont conduit  Charles Melman à faire voter par la dernière Assemblée Générale extraordinaire, la constitution d’un Conseil de Direction. Ce Conseil aura pour tâche de donner une direction et de maintenir «  l’esprit de la psychanalyse », c’est-à-dire de faire valoir ce trou borroméen, auprès des instances dirigeantes élues. Les membres de ce Conseil seront tirés au sort parmi ceux qui seront désignés par le bureau et par les anciens présidents en fonction de leur « aptitude estimée, parce qu’ils sont en fin de cure ou en ont donné témoignage par leurs interventions, à se déterminer en fonction des intérêts de leur discipline et indépendamment de leurs attaches ou engagements personnels. »

Ainsi ce dispositif contribuera à ce que notre Association reste le lieu où les psychanalystes viennent recevoir une formation  authentiquement analytique, le lieu où ils pourront étudier, échanger, présenter leurs travaux, le lieu où ils pourront se ressourcer auprès de ceux qui se trouvent plus avancés sur la brèche et venir à leur tour contribuer par leur invention à une psychanalyse vivante. 

Vient de paraître

Le 10 mai prochain sortie aux éditions Hermann du livre dirigé par Esther Tellermann à partir de la rencontre entre Michel Deguy et l'ALI organisée le 26 septembre ...

L'histoire de l'A.L.I.

Bénédicte Metz, Thierry Roth, Jean-René Duveau 

Centre documentaire

    Sissi, impératrice d'Autriche, l'Antigone de Sophocle, Simone Weil, la philosophe, sainte Catherine de Sienne : chaqune pose les mêmes questions. Comment être ...

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