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Association lacanienne internationale


Peut-être suis je l’autre sujet de ta parole ? Quelques questions sur la transmission au Brésil

Conférence de Fernando Hartmann prononcée le 2 décembre 2015 dans le cadre du cycle de conférences-débats du Cartel Franco-brésilien de psychanalyse sur le thème : Transmission et invention

D’abord, je vais vous dire quelques mots sur mon parcours dans la psychanalyse.

J’ai connu la psychanalyse par les livres de Freud, puis, j’ai suivi une analyse avec José Luis Caon et quelques années plus tard avec Contardo Calligaris. En 1990, je suis devenu membre d’une petite association psychanalytique dans la ville de São Leopoldo qui s’appelle Association Clinique Freudienne, fondée par Mario Fleig, José Luis Caon, José Carlos Petry, Charles Lang, entre autres. Cette association, depuis son origine en 1987 a été une clinique pour recevoir les gens de la communauté en général, plutôt les gens qui n’avaient pas les moyens financiers de faire une analyse. C’était un espace d’échange intéressant avec la ville, l’université, il y avait des rencontres avec des écrivains, des philosophes, des psychologues, des linguistes, des psychanalystes des diverses associations. Il y avait aussi des séminaires, des groupes d’études, des publications de livres, des bulletins, mais l’activité la plus forte de cette association était la clinique.

 

Dans le lieu de cette association il y avait huit salles pour recevoir des patients, en fait, pendant des années l’association a reçu plus de 500 personnes par an qui demandent un traitement. Les gens venaient de toute la région, pas seulement de la ville de São Leopoldo, ils venaient même de la capitale du département, Porto Alegre. Comme l’association faisait un travail de santé publique, sans être une institution de l’État, nous avions beaucoup de liberté pour travailler. On a construit des dispositifs pour donner la possibilité aux patients de développer le transfert avec leur analyste pour sortir du transfert premier avec l’institution. Chaque analyste a travaillé comme il voulait et les règles pour vivre ensemble étaient le minimum exigé pour que l’association se maintienne. On avait toute la semaine des espaces de discussions de cas, on a eu aussi la présentation des malades conduite par José Luis Caon.

J’ai commencé à recevoir des patients  dans mon cabinet et à l’Association Clinique Freudienne en 1994. Pour ma formation, l’association a été un espace très important, j’ai eu la possibilité de recevoir beaucoup de gens, qui venaint des milieux sociaux très différents. J’avais comme patients à cette époque des gens très modestes, des SDF, des trafiquants, des policiers, mais aussi des médecins, des avocats, des professeurs, c’était la communauté même qui venaient.

Il y avait une trentaine de membres dans cette association. Au but de quelques années, je suis devenu directeur et puis président de cette petite association qui existe toujours aujourd’hui. En 2005, j’ai demandé à être membre de l’ALI (Association Lacanienne Internationale). On a fait des échanges entre les membres des institutions, Charles Melman est venu à l’université Unisinos à São Leopoldo lors d’un événement qu'on a fait ensemble avec l’université, Jean Pierre Lebrun, Roland Chemama, entre autres, sont venu aussi à São Leopoldo à différents moments.

En 2010, je suis devenu professeur de psychanalyse dans un cours de psychologie à l’Université Fédérale de Rio Grande dans la ville de Rio Grande où j’ai créé une clinique sur le campus de l’université, rattachée à l’Institut des Sciences Humaines et de l’information. Le modèle, c’était l’Association Clinique Freudienne à São Leopoldo. Pour moi, la question de devenir professeur était liée principalement á la possibilité de construire cette clinique à l’université pour pouvoir transmettre un peu de psychanalyse comme je l’avais connu.

Rio Grande est une ville de 230.000 habitants qui n’avait pas de clinique pour la population qui est en grande partie constituée par de gens sans moyens financier pour suivre une cure psy. On a construit une clinique publique, parce que l’université est publique. D’abord, j’ai visité plusieurs institutions qui s’occupaient de la santé mentale de la ville de Rio Grande, l’hôpital universitaire, l’hôpital psychiatrique, des Centres de Soin Psychosocial pour les enfants, pour les malades graves, pour les toxicomanes, et même le pouvoir judiciaire avec qui j’ai beaucoup travaillé pour aider à construire le reseaux de santé mentale de Rio Grande. On a organisé un grand séminaire avec la participation de toutes ces institutions oú chacune a présenté sa spécificité et un cas clinique.

Depuis son origine cette clinique fait partie de l’ensemble des institutions qui s’occupent de la santé mentale de la ville. La clinique de l’université est l’institution où les élèves de 5ème année du cours de psychologie peuvent faire leur stage de psychologie clinique. Dans la clinique travaillent : trois psychologues techniciens, sept professeurs universitaires qui font la supervision des cas et qui reçoivent aussi des patients, un travailleur social et un secrétaire, mais il y a aussi plusieurs élèves qui après avoir fini leur cursus de psychologie continuent comme volontaires à recevoir des patients. On fait des discussions de cas, des groupe d’études, des séminaires, ça veut dire qu’il y a de la transmission dans cet endroit, pas seulement de la psychanalyse, parce qu’on travaille avec la psychologie, qu’il y a différentes théories cliniques comme la thérapie de groupe, la transculturel, du behaviorisme, la théorie cognitive comportementale.

Je travaille aussi comme tuteur des internes en psychologie dans l’hôpital universitaire Dr. Miguel Riet Corrêa, avec des psychiatres, des médecins divers, des infirmières, et il y on a un relation très forte entre l’hôpital et la clinique de l’université. En fait, c’est toujours difficile de travailler dans un espace public avec beaucoup de gens qui ont des théories et des pratiques très différentes. Comment faire pour travailler ensemble en respectant chaque sujet impliqué ? Il y a toujours une demande d’écoute immense, soit des patients, soit de l’équipe des fonctionnaires, soit des familiers des patients. Cette demande est souvant envoyée de l’hôpital vers la clinique.

La clinique universitaire reçoit aujourd’hui plus ou moins 200 patients par semaine. Il y a eu des élèves qui ont connu la psychanalyse dans cette clinique et qui ont continué leur formation ensuite en associations dans autres villes, parce qu’à Rio Grande il n’y a pas une association psychanalytique, plus souvant ils vont à Pelotas, ville à 40 Km, où l’IPA est très forte, d’autres vont à Porto Alegre où il y a des associations lacaniennes. Dans cette clinique de l’université, on ne peut pas dire qu’on fait de la psychanalyse, mais il y a un discours qu’on appelle discours psychanalytique qui est différent des autres discours qui sont plus courant à l’université, comme le discours scientifique et le discours du maître, qui sont les mêmes discours mis en place dans les réseaux de santé mentale publique par exemple.

Ce que nous pouvons dire, c’est que beaucoup de gens ont bénéficié du travail d’écoute qu’offre cette clinique. Le discours psychanalytique est là, ce n’est pas le seul, mais dans des discussions de cas, dans le travail de supervision, dans les séminaires il est possible d’entendre cette façon de faire la clinique qui a été inventée par Freud. Il y a une éthique psychanalytique qui est très difficile à enseigner, mais avec des exemples pratiques du quotidien d’une clinique il est possible de la mettre en question et une partie de l’éthique consiste justement en cela, se mettre en question. Chaque cas clinique demande une position éthique, demande une manière d’écoute, d’intervention singulière.

En fait, je ne sais pas si une clinique comme ça est importante ou pas pour la transmission de la psychanalyse, parfois, me semble qu’il y a des choses importantes de dire chez d’autres cliniciens, psychologues et psychiatres sur une clinique qui n’est pas dans le discours du maître ou discours universitaire, parfois me semble qu’on fait un mélange et on perd le fil.

Roland Chemama, dans son livre qui va sortir cette année au Brésil: « Correspondência psicanalítica : Como poderíamos conceber atualmente a formação psicanalítica ? », qui sera édité par la Maison d’Éditions de l’Université de Rio Grande a écrit :

« L'analyste (...) ne doit pas entendre tout à partir d'un savoir qui lui a été transmis. On peut dire en ce sens qu'il devrait recevoir chaque nouveau « cas » comme s'il était le premier, comme s’il devait, à chaque fois, réinventer la psychanalyse. »

Comment peut-on transmettre, non ce qu’on a inventé, mais quelque chose qui ouvre la possibilité de continuer a faires des inventions ? Comment peut-on transmettre l’équivoque, l’impossible, l’ambiguïté qui ouvre la porte à l’invention ? Le modèle de transmission, que Freud et Lacan nous ont laissé est très spécifique. Lacan dans ses séminaires a parlé, comme il disait, de la place de l’analysant. Il a répèté ça plusieurs fois. Et Freud a écrit la « Traumdeuteung », le livre qui ouvre la porte à la psychanalyse, quand il interprétait ses propres rêves. Il y a une singularité frappante dans l’œuvre de Freud et dans l’œuvre de Lacan, qui est une réponse éthique que chacun a donnée à son époque et qui parle de la responsabilité et de la cohérence avec son désir.

Pour vous donner une idée de ce qui se passe au Brésil en relation à la transmission de la psychanalyse dans les universités, je vais vous dire quelques mots. En septembre 2015, à São Paulo, des psychanalystes, professeurs et chercheurs, appartenant à plusieurs universités du Brésil, d'Argentine, du Mexique, de Bolivie, du Chili, de Colombie, d'Uruguay, entre autres ont écrit une lettre d'intention en vue de créer en 2016 l’Association Latino-américaine de Psychanalyse dans l'Université.

J’ai reçu cette lettre d’intention :

Lettre d'intention pour la formation d'une Association Latino-américaine de psychanalyse dans l'Université

Psychanalystes, enseignants et étudiants, chercheurs de différents champs de la psychanalyse dans des programmes de póst-graduation et d'autres instances universitaires-scientifiques, signataires de cette lettre d'intention, réunis dans l’Assemblé qui s’est tenue le 2 septembre 2015 lors du deuxième CONLAPSA (Congrès Latino-américain de Psychanalyse dans l'Université) à l'Institut de Psychologie de l'Université de São Paulo (USP) le 1,2 et 3 septembre et reconnaissant la spécificité, l'importance et la pertinence académique, scientifique, sociale et politique de la psychanalyse dans l’université et dans la société, viennent déclarer publiquement leur ferme intention de mettre en place une Association latino-américaine de psychanalyse dans l’université. Cet acte continue les nombreux efforts qui sont déjà en cours dans la même direction à partir du premier CONLAPSA, qui a été organisé par le Programme de Póst-Graduation en Psychanalyse de l’Institut de Psychologie de l’Université do Estado do Rio de Janeiro (UERJ) les 29 et 31 aout 2011. L'Association aura comme principaux fondements de sa création, et donc comme objectif principal :

1) la reconnaissance de la psychanalyse comme un domaine de recherche et d'investigation ;

2) la reconnaissance de la particularité de l'éthique de la recherche en psychanalyse, et notamment de la dimension clinique de sa procédure de recherche ;

3) La non-réglementation de la psychanalyse en tant que profession par l'État ;

4) Reconnaissance de la méthode de traitement analytique comme champ d’étude et recherche ;

5) Création d'une revue scientifique qui recueille et exprime la diversité de la production de la recherche dans le domaine de la psychanalyse, et aussi le soutien d'autres initiatives de publications de même nature ;

6) Défense de la psychanalyse comme méthode et discipline laïque, transversale à d'autres domaines de la connaissance, transnationale et non soumis à un enseignement universitaire spécifique ;

7) Soutenir et défendre l'autonomie des différentes écoles, sociétés et associations psychanalytiques déjà existante ;

La participation à l'Association est ouverte aux enseignants, aux étudiants et aux chercheurs formellement inscris à l'université, en respectant les spécificités statutaires à se développe dans un groupe de travail spécialement désigné pour le faire.

J’ai voulu vous lire cette lettre parce que je pense qu’il y a plusieurs questions qu’on peut débattre à partir de cet acte. On peut être d’accord qu'il s’agit d’un mouvement politique, mais il y a d’autres choses : pourquoi est-il nécessaire de constituer une association comportant ces objectifs ? Y a-t-il des particularités qui distinguent la transmission en psychanalyse, la transmission d'autres disciplines ou la transmission en général ? La nécessité de cette lettre est-elle due à des questions culturelles, politiques, à des mutations modernes comme le déclin des formes traditionnelles d'autorité ? Ou bien est-ce la difficulté de l'enseignement universitaire d'avoir une discipline qui distingue la béance entre l'imaginaire et le réel ? Ou la transmission est-elle une question de signifiant qui, d'après Lacan, représente un sujet pour autre signifiant, ce qui veut dire qu'il y aura toujours des équivoques, donc des espaces d'invention ? Ces questions nous amènent d’autres questions, mais je vais m’arrêter sur un point spécifique :

1) La transmission des identités, des cultures, des filiations et des mémoires, est-elle différente de la transmission de la psychanalyse ?

2) Y a-til une autre façon d’opérer la transmission que par le langage ?

3) Peut-on être d'accord sur le fait qu’on ne transmet pas le sens, mais que la transmission est toujours affaire de signifiant ?

Toute transmission de n’importe quoi à n’importe qui, va passer par la formule lacanienne « le signifiant représente un sujet pour un autre signifiant », mais comment peut-on prendre ça ? Quelle est l’importance de cette formule pour la transmission ?

Je vais reprendre un exemple qui Lacan a donné dans le séminaire « les formations de l’inconscient » pour parler du signifiant : quand Robinson Crusoé trouve les empreintes de l’Indien « vendredi » dans le sable, Lacan dit que les empreintes ne sont des signifiants que si on peut effacer cette empreinte et écrire quelque chose à sa place alors elle devient un signifiant. Si Robinson Crusoé trouve une marque sur un arbre de cette même île, il peut penser, comme pour les empreintes, que cette marque sur un arbre représente un sujet. Robinson va lire cette marque et lui donner un sens. Mais on ne sait pas, en fait, si c’est un Indien ou un pirate ou même si cette marque dit : « Soyez les bienvenus » ou « sortez d’ici », mais on sait que quelqu’un l’a faite.

Lacan dans le séminaire « Encore » dans la leçon de 26 juin 1973 a dit que :

« Le signifiant est signe d'un sujet. En tant que support formel, le signifiant atteint un autre que ce qu'il est tout crûment, lui, comme signifiant un autre qu'il affecte et qui en est fait sujet, ou du moins qui passe pour l'être. C'est en cela que le sujet se trouve être, et seulement pour l'être parlant, un étant dont l'être est toujours ailleurs, comme le montre le prédicat. Le sujet n'est jamais que ponctuel et évanouissant, car il n'est sujet que par un signifiant, et pour un autre signifiant. »

Cette marque dans l’arbre, il faut la lire, on lui donne un sens qui est imaginaire et qui dépend des discours dans lesquels nous sommes effet. Pour lire une marque, c’est bien ça que Lacan a dit dans le séminaire « Encore... » il faut un sujet et un discours... On sait bien que nos machines à penser, les ordinateurs, peuvent déchiffrer une écriture, la marque dans l’arbre que Robinson Crusoé a trouvée par exemple, mais en fait, cette machine qui peut utiliser des archives de son immense mémoire pour « déchiffrer » cette marque dans l’arbre, peut bien déchiffrer la marque dans l’arbre comme la marque d’un Indien caché dans la forêt, et peut-être est-ce bien cela l’origine de cette marque, mais la question est qu’elle va toujours « déchiffrer » cette même marque de la même façon, elle va toujours dire une espèce de vérité, sans équivoque, comme si cela était possible. Si on ne change pas son programme, elle va toujours « lire » cette marque de la même façon et peu importe si un jour l’Indien après une nuit de cauchemar décide de changer le sens de « soyez les bienvenus » en « sortez d’ici ». Mais Robinson aussi pourrait lire, après un nuit de cauchemar, « sortez d’ici » quand l’Indien a écrit « soyez les bienvenus ».

Vous pouvez même faire une hypothèse, si on avait eu des machines à penser comme on a aujourd’hui, aux temps des cavernes, il est logique que pour cette machine une pierre serait toujours une pierre, la même, ce n’est pas difficile d’arriver à cette conclusion simple que nous ne serions pas sortis de l'âge de la pierre.

Encore dans le séminaire « Encore » dans la leçon du 9 janvier 1973, Lacan a dit que :

« Distinguer la dimension du signifiant ne prend relief que de poser que ce que vous entendez, au sens auditif du terme, n'a avec ce que ça signifie aucun rapport. Le signifiant comme tel ne se réfère à rien si ce n'est à un discours, c'est-à-dire à un mode de fonctionnement, à une utilisation du langage comme lien. Encore faut-il préciser à cette occasion ce que veut dire ce lien. Le lien - nous ne pouvons qu'y passer immédiatement - c'est un lien entre ceux qui parlent. » Pour donner toute l'importance que cette formule lacanienne a pour la transmission, « qu'un signifiant représente un sujet pour autre signifiant », je vais revisiter le linguiste Emile Benveniste.

Benveniste dans un article intitulé « La communication animale et le langage humain" (1952) compare le processus de communication des abeilles et la langue chez les humains. Les abeilles ont un système de communication très précis pour indiquer par des mouvements qui ressemblent à une danse, l'endroit précis où les membres de nid d'abeilles pouvaient trouver du nectar et du pollen. Grâce à diverses études, on a constaté que les abeilles se montrent capables de produire et comprendre un vrai message, qu’elles peuvent comprendre plusieurs données. La principale différence par rapport au langage humain, selon Benveniste, est le fait qu’un message va produire chez une autre abeille certain comportements qui ne sont pas une réponse.

Une abeille au travers de cette «danse» indique à d’autres abeilles où se trouve le jardin de fleurs, elle produit non pas un dialogue, mais plutôt un comportement d'une autre abeille à aller jusqu’au jardin. Après avoir fait ce chemin, une abeille peut indiquer à d’autres abeilles, à travers la même danse, la localisation du jardin, mais elle ne peut pas indiquer le lieu sans faire le chemin, à savoir que l'expérience objective est nécessaire, il est impossible pour les abeilles de transmettre un message à partir d’un message. Selon Benveniste « une caractéristique de la langue est de fournir un substitut à l'expérience qui est approprié pour la transmission sans fin dans l'espace et le temps, ce qui est typique de notre symbolisme et le fondement de la tradition linguistique". Une autre différence réside dans le fait que le message des abeilles ne se laisse pas analyser, qu’il est impossible de décomposer les éléments constitutifs de son contenu ; il se présente sous forme de bloc. Si n’est pas possible de décomposer le message en éléments différents, il ne sera pas possible non plus de combiner des éléments qui pourraient offrir quelque chose de nouveau, différent, comme dans le langage humain, à savoir une danse déterminée va toujours indiquer la distance dans le monde des abeilles, il n’y a pas d´équivoque, comme l’ordinateur dont j’ai vous parlé avant.

Pourquoi met-on tant l'accent sur la fonction du signifiant ? Parce que, c'est le fondement de la dimension du symbolique, qui seul nous permet d'isoler comme tel le discours analytique. La question est là si on parle de transmission. On ne transmet pas un sens, on transmet des signifiants. Et si on prend ça sérieusement, on verra que la condition humaine qui est la base de notre monde, de l’éducation, des religions, des sciences, de cet mode de vie qui change à chaque nouvelle parole, est dû à cette imperfection, cette ambiguïté, cette équivoque dans le langage. Il est clair que, dans tout ce qui s'en approche, le langage ne se manifeste que par son insuffisance.

Lacan dans « Le moment de conclure » Leçon du 10 janvier 1978, a résumé d’une façon très claire cette relation entre le savoir qu’on voudrait transmettre et le signifiant qui représente un sujet pour autre signifiant.

« Le lisible, c’est en cela que consiste le savoir. Et en somme. C’est court. Ce que je dis du transfert est que je l’ai timidement avancé comme étant le sujet – le sujet, un sujet est toujours supposé, il n’y a pas de sujet, bien entendu, il n’y a pas que le supposé – le supposé savoir, qu’est que ça peut bien vouloir dire ? Le supposé-savoir-lire-autrement. (...) Autrement, qu’est que ça veut dire ? Il s’agit du grand A là, à savoir du grand Autre. Est-ce que autrement veut dire, autrement que ce bafouillage qu’on appelle psychologie ? Non. Autrement désigne un manque. C’est de manquer autrement qu’il s’agit. »

Dans le discours analytique, le savoir est à la place de la vérité et justement, la vérité de l’inconscient passe par le lapsus, l’acte manqué, le rêve, qui sont des choses qui nous montrent que quand on parle, on en dit toujours plus qu’on ne sait. C’est pour ça que l'analyse se distingue entre tout ce qui a été produit jusqu'alors sur le discours.

Que pouvons-nous dire de cette lettre d'intention qui a comme objectif créé une l'association de psychanalyse dans l'université ? La psychanalyse dans le sens que cette lettre nous offre est un discours. Les discours est-ce qu’on utilise pour faire des lectures comme une recherche par exemple. Mais dans cette lettre, on dit que le discours psychanalytique est différent d’autres discours, qu’il a une méthodologie particulière, qu’il ne devait pas être réglementé par l’État. Une différence est que par le discours psychanalytique est possible faire une lecture des actes manqués, des équivoques, des rêves que sont des choses que le discours scientifique a pour but effacé.

L’important, c'est que dans le discours psychanalytique, ce qui est transmis d'un sujet à un autre sujet ce sont des signifiants et pas le sens, c'est cela qu'on a montré avec l'exemple de Robinson Crusoé, l'ordinateur, les abeilles.

Les images que j'ai mises dans l'affiche de cette conférence, c'étaient des lettres. Ce sont les lettres grecques "phi" et "psi" qu'on trouve dans les mots psychanalyse et psychologie. Eh bien si aujourd'hui on utilise encore cette lettre, ça veut dire que quelque chose a été transmis. On peut dire que cette petite statue a un rapport avec le signifiant, mais on sait bien que le sens de psy, dans ce cas, dans psychologie et psychanalyse n'est pas le même. Le signifiant touche le réel par l'équivoque dans le lisible. Entre l'imaginaire du sens et le réel de la chose , il y a une béance, un impossible, un interdit qu'on peut lire aussi comme un "entre le dit", c'est par cette voie que passe le désir . Comme a dit Lacan dans la dernière phrase du séminaire "Moment de conclure" : la différence entre la représentation et l’objet est quelque chose de capital. C’est-à-dire qu’entre l'imaginaire du sens et le réel de la chose il y a une béance. Dans le discours scientifique, cette différence est refusée, donc le sujet est refusé, c’est sur cet point que les psychanalystes peuvent dire quelque chose, soit dans la clinique, soit dans les institutions psychanalytiques, soit à l’université.

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