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Association lacanienne internationale


Le féminin s’érige du das Ding par le regard qui ne voit pas

Texte issu des Journées de ALI-Rhône-Alpes « La condition du féminin aujourd’hui » - Chambéry, octobre 2014

« La grande porte menant à la Loi est ouverte, comme toujours…». Je m’avance par cette citation de Kafka dans sa fulgurante légende « Devant la Loi » qu’il dégage en texte à part du roman « Le Procès »[1]. La parabole se construit sur une prémisse : devant la Loi se tient un gardien. C’est à lui qu’un homme adresse sa demande d’entrer. La réponse de l’Autre : « Peut-être, mais pas pour l’instant » détermine le sujet d’y attendre l’autorisation. Il y restera à observer sans répit le gardien-obstacle-d’accéder-à-la-Loi. L’âge venant, la vue du solliciteur ne lui permet plus que « de distinguer dans l’obscurité une lueur qui, sans jamais s’éteindre, vient de l’intérieur de la Loi ». Et c’est seulement lorsque le quêteur retombe dans l’enfance qu’il se décide de clarifier auprès du gardien comment il se fait que tout ce temps personne d’autre que lui n’ait demandé l’autorisation d’y entrer. Le gardien le voyant près de la mort profère au-dessus de sa tête que l’entrée lui aurait été destinée, à lui seul, et que maintenant qu’il est fini la porte sera refermée. Serait-ce possible ? Un doute subtil émane du texte autonome et, de fait, l’ambiguïté d’une telle annonce fera l’objet d’une discussion ardue dans le roman.

 

La mission du gardien de la Loi, selon Kafka, s’achève là, même si dans « Le Procès » une polémique s’en suit entre l’ecclésiastique qui raconta la légende et Josef K.. Chacun proposera sa démonstration sur l’état de victime d’une illusion à attribuer à l’homme de la campagne ou au portier. L’ecclésiastique maintiendra qu’on n’est « pas obligé de tout croire vrai, il suffit de l’estimer nécessaire » et K. affirmera tristement que cela voudrait dire, « ériger le mensonge en ordre universel ». Je suis tentée de soutenir que les deux personnages acceptent d’être dupes. Le gardien occupe la fonction vide de celui qui est le dupe du devoir de tourner le dos à la Loi, tandis que le quêteur reste dupe de son idéal, ce qui en fin de compte serait, me semble-t-il, la même chose. Et à l’endroit où devoir et idéal se rejoignent, nous supposons la Vérité attendue comme face dicible du das Ding.

Ma lecture concerne très précisément le regard de béance de la porte menant à la Loi kafkaïenne dont le Réel la rend inabordable même au seuil de la mort, ce regard de son embrasure qui nous happe du lieu vide de la Chose. Je la qualifierai de Loi interdite, pour la distinguer de la Loi de l’Inter-dit symbolique. Cette « Porte de la Loi » est « ouverte comme toujours », mais reste opaque et, de ce fait, elle suscite l’effroi comme devant l’abîme, le gouffre en tant qu’ébauche de représentation du féminin dans le registre de l’Imaginaire. Par ce biais, je me lance dans une tentative de questionner de près la notion du féminin, non conceptualisée suffisamment et confondue le plus souvent avec la féminité qui, bien que pastoute, est tout de même orientée par la brillance phallique.

Une parenthèse me paraît opportune pour articuler le fait que, de la même manière, l’hystérique n’est pas une femme, ne se situe pas du côté du pastout qui caractérise la position féminine quoiqu’on la dise « elle ». Se plaçant à la limite de la fonction phallique, l’hystérique se rangerait du côté gauche des formules de la sexuation, c’est-à-dire côté Homme. Elle suivrait ainsi la logique de son attitude de questionnement de la féminité au lieu de la vivre en acceptant de faire semblant d’objet de désir dans le fantasme. De sa place de l’exception, et du fait de croire à La femme, l’hystérique dit non à la fonction phallique. La vocation de l’hystérique de croire au père, la conduit à des sacrifices de dévouement, dont le cher devoir de lui rendre sa jouissance éteinte. Dans son fantasme, elle convoque au lieu du père, justement l’autre pôle de sa croyance, c’est-à-dire, l’idéal de La femme qui n’existe pas.

Mon assertion inaugurale me démarque d’emblée du discours qui superpose couramment le féminin avec la position féminine. Dans mon cheminement, je vais m’appuyer sur la radicalité de la différence entre ce que nous reconnaissons cliniquement être le regard du père dont se soutient une fille pour constituer les assises de sa féminité et, ce que j’appellerai, le regard qui ne voit pas et qui signe le féminin. S’instituant du das Ding, ce regard ne peut pas être chargé de désir et son vide renvoie à l’expression du féminin.

Dans ma pratique d’analyste, ceux qui m’apprennent peut-être le plus sur le féminin sont des analysants qui se positionnent du côté gauche du tableau de la sexuation, le côté dit-homme. Le tangage incessant de certains sujets entre accéder au féminin et refuser le féminin mériterait des descriptions détaillées. À mon sens, par analogie avec le rêve, la féminité pourrait se lire dans le récit du contenu manifeste, tandis que le féminin s’insinuerait d’un tâtonnement dans le domaine même du sens latent.

Voici l’aperçu du rêve d’un analysant d’une quarantaine d’années. Il roule dans une voiture avec sa famille d’origine, parents, sœur et frères, « sept en tout ». Quelqu’un pointe une arme par la fenêtre, ils sont arrêtés : barrage, rafle, foule, affolement… D’un coup le rêveur se retrouve seul sur une plaque en verre. Des gens blessés grouillent en dessous. Il ne reconnaît pas les siens. Leurs traits se désagrègent. Un seul visage en train de se reformer de la masse de chair mouvante le fixe d’en bas. Il est terrifié de s’y reconnaître et de rencontrer son propre regard, par deux fois il veut arrêter le rêve, d’opacifier la vitre installée sous ses pieds.  La transparence le fait chavirer. La peur de s’engloutir dans sa propre rumination empêche cet analysant de trop dérouler le fil associatif, il peut dire qu’il le « défaufile ». Le mot est attrapé, le sien. Il n’en reste pas moins que son propre regard se retourne sur lui-même. Fixe, il transperce sans effilocher le flot accablant des raisonnements dictés par la mort. Son martyr le place en hors sauveur de sa famille « sept en tout ». L’antienne « ces temps où… », en guise de Lettre, surgit pour lui par les gouffres mythiques d’où l’être s’envisage.

Un autre analysant, assez jeune, se rêve en observateur dans un lieu de soin. Le pied d’une chaise est enfoncé dans l’œil d’une femme accusant des maux de tête. Le rêveur reste planté devant ce tableau, il critique la méthode de soin pratiquée et enlève d’un coup décidé la chaise de l’œil de la patiente migraineuse. Il se confronte ainsi à une représentation sinistre : l’œil percé le scrute, sa rougeur n’est pas du sang, elle est de flamme… Ce récit plonge l’analysant dans un silence de plomb. Quelque temps après, il s’accroche à un brin de ma voix pour retrouver la sienne. D’un son creux, tente à s’énoncer à nouveau le mot qui venait clôturer le contenu manifeste de son rêve. Pas tout à fait, puisqu’il s’est entendu prononcer : « flammome ».  L’analysant associe rapidement sa création langagière à la peur du glaucome, une de ses fixations hypocondriaques. Dans une séance suivante, il reviendra sur cette formation de l’inconscient. Dans son élaboration, l’assonance de l’énigmatique « flammome » sera interprétée comme un condensé des termes « femmehomme ». Ce plein, cette idée du Un a été produite dans son rêve par le regard troué et sans issue de l’être-autre aux maux sans mots qu’il fallait clouer avant de rouvrir. Ce regard sans vue l’avait pénétré d’horreur de par l’abîme de la plaie enflammée de l’Autre qui peine à se constituer chez cet analysant-rêvant qui s’avère constamment en proie à des ruminations exténuantes. Ainsi la lettre manifeste sa fonction de voile à une vérité insoutenable. La vérité hors fantasme de la Chose nourrit son pouvoir hypnotisant dans la promesse de fusion incestueuse.

À ces deux séquences de cures, j’ajouterai que des éléments cliniques liés au mutisme, à la sidération, en même temps que l’idée de l’acte chez certains sujets, ainsi que des expressionshypocondriaques ou des manifestations symptomatiques des névrosés obsessionnels,me semblentindiquer les variables du féminin entre la néantisation et le bord du trou dans le Réel. Bien au-delà de la dissymétrie des sexes quant au phallus, la question du féminin remet radicalement en cause la notion du Un. Disons que le féminin en position de l’Autre en tant qu’altérité radicale introduit un désaccord dans le Un phallique, l’unien. L’ennui est l’anagramme de cet unien, clin d’œil de Lacan, auquel je tiens, puisque cela nous maintient en alerte quant à la notion même de totalisation. Le savoir analytique ne cesse de s’y confronter par la question du féminin.

Afin de déployer les points de départ de mon interrogation sur ce sujet, je vais m’appuyer en plus de Kafka sur deux rêves de Freud, sur la lecture par Lacan du rêve de l’injection d’Irma, sur un fragment de « Faust II » de Goethe et sur la « Préface à « l’Eveil du printemps » par Lacan.

L’insondable, l’innommable, l’abîme à ne pas regarder, ces termes s’imposent à partir du rêve de l’injection faite à Irma[2] lorsque, dans un premier temps, la rencontre du féminin se fait par le versant de la Méduse – découverte qui se noue au père mort. Freud avait fait le rêve d’Irma lorsqu’il venait de perdre son père. Le Dr M. boiteux, pâle et sans barbe au menton représente « le personnage idéal constitué par la pseudo-image paternelle, le père imaginaire » via la ressemblance avec un demi-frère aîné, objet d’horreur pour Freud.

Le regard du rêveur se plonge dans la gorge de la patiente et se heurte à « une tache blanche » et  « des escarres étendues d’un blanc grisâtre ». Pour faire effraction dans cette ouverture inquiétante, Freud se doit lui supposer une fausse dentition, fantôme du vagin denté convoqué par condensation de la bouche avec l’organe sexuel, il est dans le domaine du féminin. Lacan rappelle à ce propos « la chair dont tout sort, au plus profond même du mystère, la chair en tant qu’elle est souffrante, qu’elle est informe, que sa forme par soi-même est quelque chose qui provoque l’angoisse. Vision d’angoisse, identification d’angoisse, dernière révélation du tu es ceci Tu es ceci, qui est le plus loin de toi, ceci qui est le plus informe. C’est devant cette révélation (…) que Freud arrive au sommet de son besoin de voir, de savoir… ».[3] Or, dans la vie diurne, Irma se montre réticente à ouvrir la bouche pour parler en cure et apprendre son savoir inconscient à Freud.

Un déplacement permet à Freud de s’extirper à l’effroi de la rencontre avec le Réel du corps. D’abord, un transfert de culpabilité se fait rapidement dans le registre imaginaire à travers une rivalité avec l’ami Otto qui est désigné comme auteur de l’infection par une seringue impropre. À ce « familier et proche intime… ami ennemi » s’ajoute Léopold pour constituer une triade d’hommes en résonance avec le trio féminin, que Lacan épingle de mystique et les nomme suite à Freud : les trois femmes, les trois sœurs, les trois coffrets, les trois Parques, qui ne fonctionnent pas sans le dernier terme qui est la mort.

Pour Lacan c’est indéniable dans la présence de ces trois, « c’est là que, dans le rêve, est l’inconscient – ce qui est en dehors de tous les sujets ». La structure du rêve montre que l’inconscient n’est pas l’ego du rêveur. Il s’agit d’un Freud ayant traversé ce moment d’angoisse et « faisant appel au congrès de tous ceux qui savent, il a pu avoir la formule hermétique du sens », même si, « tel un oracle, elle ne donne aucune réponse ».  Lacan attire notre attention sur la façon dont s’énonce la formule, précisant que son caractère énigmatique est bien la réponse à la question du sens du rêve : « il n’y a d’autre mot, d’autre solution à votre problème, que le mot. »[4] Il souligne la forme éminemment symbolique de la structure du mot TRI-METHYL-AMINE, puisqu’il est, dit-il, « fait des signes sacrés ».

La recherche du nom du produit injecté se fait par bribes : propyle, propylène… acide propionique jusqu’au signifiant TRIMETHYLAMINE, dont, Freud vois la formule en caractère gras devant lui, c’est-à-dire du symbolique à l’état pur. Je dirais, que quelque chose de l’ordre d’un renversement du regard se produit à cet endroit. Le rêveur voit la Formule mais c’est La Lettre hors sens qui le regarde. En tant que précipitation du signifiant, la Lettre du Réel s’institue en formule indiquant le Féminin. Freud conclut son interprétation par l’aveu d’avoir connaissance de tant d’autres points à mettre en corrélation qui l’amènerait vers de nouveaux éclaircissements. Des considérations liées au caractère intime d’un rêve personnel font qu’il ne puisse pas aller plus loin. Cette façon de Freud de s’appuyer sur la Lettre pour tempérer son jouir du savoir s’articule à mon sens avec l’assertion de Lacan que, justement, la Lettre ferait « littoral entre jouissance et savoir » (Lacan, Lituraterre, 1971).

Par l’évocation de « l’éternel féminin, l’immortalité de nos affects… », un autre rêve, celui dit de la préparation anatomique[5] nous conduira à une scène précise dans Goethe. C’est un rêve où Brücke sollicite Freud, « ce qui est des plus étranges », pour faire la préparation anatomique de la partie inférieure de son propre corps. Une femme, Louise N., une Française, l’assiste. Freud, le rêveur, voit devant lui comme dans la salle de dissection son bassin éviscéré sans en «  ressentir le manque » dans son corps, « sans trace d’horreur ». Dans la deuxième partie du rêve, de nouveau en possession de ses jambes, le protagoniste se retrouve sur le rebord d’une fenêtre ouverte sur l’abîme. Il doit le franchir et les planches jetées pour faire le pont s’avèrent être des enfants, dont la vue réveille Freud dans l’effroi de ses pensées. » Pour son interprétation, Freud se saisit de l’exemple de l’étonnement dans le rêve qui est indiqué dans l’incise : « ce qui est des plus étranges ».

Ce qui occasionne le rêve est la visite de Louise N. qui était venue voir si Freud n’aurait pas à lui prêter quelque chose à lire. Freud lui propose « She » (Elle) de Rider Haggard qu’il lui recommande comme « un livre étrange, mais plein de sens caché », mettant en scène une femme- guide vers « l’éternel féminin, l’immortalité de nos affects… ». Louise l’a lu, elle demande si Freud n’aurait pas un livre « immortel » écrit par lui. Freud analysera cet élément du côté de la question de la paternité de l’œuvre. Pour Freud, l’auteur par excellence c’est Goethe. Un dialogue entre Faust et Méphistophélès capte notre attention ici. D’abord Faust : « Mais à rebours : tu veux au vide m’envoyer/ Pour qu’art et force en moi puissent se déployer/…/Soit ! Nous voulons savoir et j’irai jusqu’au bout./ J’espère en ton Néant pouvoir trouver le Tout ». Nous savons qu’il y rencontrera Hélène, son idéal de beauté féminine.

La réplique de Méphistophélès va nous servir à présenter une modalité qui est la nôtre d’aborder le féminin. Voici les vers que Goethe met dans la bouche de Méphistophélès : « C’est un trépied ardent qui te fera connaître / Que tu es parvenu jusqu’au tréfonds de l’être. / Les Mères paraîtront alors à sa clarté,/ Assises ou debout, marchant en liberté,/ Formes se transformant au gré de leur nature,/ De l’éternelle cause entretien éternel,/ Avec l’image aussi de toute créature./ Invisibleà leurs yeux – pour elles n’est réel / Que l’idéal / »[6].

Une autre traduction attribue aux Mères la capacité de ne percevoir « que les schèmes », elles ne nous voient pas, mais elles nous regardent, nous sommes exposés à ce regard qui ne voit pas. J’associe un tel regard non voyant avec l’attribut d’un masque et cela me conduit à « l’Éveil du printemps » de Wedekind. Voici un aperçu de la pièce en lecture lacanienne.  Moritz, un jeune personnage qui se suicide,  parvient, selon Lacan, «  à s’excepter, en quoi Melchior le qualifie de fille ». Dans l’acception lacanienne, « … un homme se fait L’homme à se situer de l’un-entre-autres, à s’entrer entre ses semblables. Moritz, à s’en excepter, s’exclut dans l’au-delà. Il n’y a que là qu’il se compte : pas par hasard d’entre les morts, comme exclut du réel. » Rappelant que « c’est au royaume des morts que « les non-dupes errent », Lacan évoque parmi les Noms-du-Père, celui de l’Homme masqué et il poursuit dans l’assertion que « le Père en a tant et tant qu’il n’y en a pas Un qui lui convienne, sinon le Nom de Nom de Nom. Pas de Nom qui soit son Nom-Propre, sinon le Nom comme ex-sistence ». Lacan le désigne du « semblant par excellence » auquel l’«Homme masqué » lui paraît convenir pas mal.  

Dans sa « Préface à « l’Eveil du printemps », [7]Lacan énonce ceci : « Le masque seul ex-sisterait à la place du vide où je mets La femme. En quoi je ne dis pas qu’il n’y ait pas des femmes. La femme ne se figurerait que de Père-version ». Je m’intéresse tout particulièrement à la conclusion de ce texte lorsque Lacan, s’appuyant sur la formulation de Robert Graves, puise dans des « formes de l’infini » qu’il énumère pour arriver à la pensée que le Père lui-même, notre père éternel à tous, « n’est que Nom entre autres de la Déesse blanche ». L’auteur de la préface a l’intuition que la Déesse Blanche serait celle qui « se perd dans la nuit des temps, à en être la Différente, l’Autre à jamais dans sa jouissance » et celle qui « nous suspendra nous ». Nous sentons l’inquiétude de Lacan dans sa façon de se demander « comment savoir si… ».

La séquence que j’ai extraite de Lacan sur le drame de Wedekind « l’Éveil du printemps » m’amène à faire le lien entre l’effet de la Méduse, le surgissement de la Lettre – formule chimique, le regard vide des Mères dans « Faust »,celui de la Déesse Blanche-La Différente, celui de Diane- chasseresse d’Actéon, le regard béant de la Porte de la Loi de Kafka.

Par ce biais, j’arrive à ma proposition, annoncée dans le titre, que le féminin s’érige du das Ding, en tant que l’être-même du sujet, intime et étranger à la fois, par le regard qui ne voit pas, un regard sans désir. De cette manière, la rencontre avec le féminin, en tant qu’expérience de jouissance, se fonde sur la détresse, déréliction ou désêtre, hilflosigkeit dans le lien originaire à la mère. Le nouage se ferait au niveau du Réel de la Chose réduite à son lieu de vide central par la chute du trait unaire, opération qui instituera la mère primordiale, préœdipienne en grand Autre, lieu du langage.

Consentir au féminin par l’assomption d’un irreprésentable voudrait dire se confronter à la Méduse dans la dépossession de ses moyens phalliques. Dès lors que le féminin peut être envisagé comme nouage entre Éros et Thanatos, nous pouvons nous demander si  renoncer au féminin serait-il renoncer à son être ? Nous savons avec Lacan que l’amour vise l’être et l’être comme tel c’est l’amour (Lacan, Encore, 1972), oserais-je un rapprochement entre le féminin et l’amour, son versant amour-haine ?

 


[1] F. Kafka, Récits, romans, journaux, La Pochothèque, 2000, pp. 940-948 et pp.1054-1056.

[2] S. Freud, Analyse du rêve de l’injection faite à Irma, (1900), in OC, PUF, 2004t. IV, pp.141-156.

[3] J. Lacan, Le rêve de l’injection de Irma, in Le Séminaire II, « Le moi dans la théorie de Freud et la technique de l’analyse », (1954-1955), Seuil, 1978, p. 186.

[4] Idem., p. 190.

[5] S. Freud, L’interprétation du rêve, OC, t. IV, PUF, 2004, pp. 501-502.

[6] Goethe, Faust I et II, Flammarion, 1984, p. 275.

[7] J. Lacan, « Préface à « l’Éveil du printemps », (1974), Autres Ecrits, Seuil, 2001 p. 563.

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